mars 15

un homme trop facile

Un homme trop facile

l’histoire
à une demi-heure d’entrer en scène pour interpréter le misanthrope de molière, alex, comédien aimable et aimé, voit apparaître dans le miroir de sa loge le véritable alceste. la conversation s’engage entre celui,…


… idéaliste en colère, qui voudrait changer le monde et celui, libertin indulgent, qui l’accepte tel qu’il est.

l’avis
variation ou prolongement de la pièce de molière, un homme trop facile est une brillante réflexion sur l’homme et sa relation aux autres, et aussi sur la « vérité » du métier d’acteur, à travers la joute verbale de deux personnages – le personnage et son interprète – qui confrontent leurs façons de voir le monde, l’un qui « aime sans illusion », l’autre qui « déteste avec espoir », l’un, généreux mais lucide, qui préfère ne voir que les qualités, l’autre que les défauts, plein d’intransigeance et de sentences définitives. une histoire de verre à moitié plein et de verre à moitié vide, sauf que l’exercice est loin de se borner à une simple comparaison de deux schémas de pensée systématiquement opposés. en auteur subtil, schmitt ne se laisse à aucun moment déborder par un trop grand manichéisme des deux personnages, chacun faisant preuve, c’est humain après tout, de contradictions. si sous l’inflexible alceste perce une humanité déçue, voire parfois attirante, le tolérant alex laisse parfois entrevoir sa vanité (vacuité?).

pour être aimé il faut plaire, mais plaît-on par ses vertus? peut-on haïr sans se montrer haïssable? pour avoir le droit de se montrer misanthrope, ne faudrait-il pas être meilleur que les autres, un héros ou un génie? trois petites questions qui, mine de rien, mettront en question les certitudes de celui qui n’a eu de cesse de se poser en chantre de la rectitude, en révélateur de nos piteux travers, et en même temps effrayé à l’idée qu’un être généreux puisse l’incarner sur scène avec succès et recueillir des lauriers qui devraient lui revenir, détestant que le public acclame davantage l’artiste que son modèle.

une pièce jubilatoire écrite dans une langue savoureuse (et pas seulement à cause des alexandrins dans lesquels alceste s’exprime) qu’il est urgent de lire, comme toute l’oeuvre théâtrale (et littéraire) de schmitt. car, comme il le dit si bien: ce que je croyais être mon théâtre intime s’est révélé correspondre aux questions de beaucoup de mes contemporains et à leur profond désir de réenchanter la vie.

le livre est paru en janvier de cette année, la pièce a été créée dans le même temps au théâtre de la gaîté-montparnasse à paris, mise en scène christophe lidon, avec notamment roland giraud dans le rôle d’alex et jérôme anger dans celui d’alceste.