ein deutsches requiem à l’opéra des nations

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brahms écrivit son requiem allemand peu après la mort de sa mère en 1865. cette grande fresque pour chorale, orchestre et deux solistes, à l’encontre du requiem latin de la messe des morts, ne fait aucune référence aux dogmes chrétiens sur…

… le salut éternel, bien que tout son texte soit tiré de la bible luthérienne. sa démarche humaniste est empathique; ses mots de réconfort et de bénédiction n’ont pas besoin de croyance ou de foi particulière pour toucher les esprits et les cœurs. la chorégraphie imposante de martin schläpfer pour les 45 danseurs du ballett am rhein düsseldorf duisburg transfigure la méditation de brahms en une représentation forte et concrète de l’anxiété devant la mort qui devient triomphe sur le désespoir.

je n’aurais su écrire plus belle description que celle que l’on peut lire sur le site du grand théâtre. je pensais aller voir un choeur chanter avec des danseurs. en fait, c’est une bande qui passait, faisant la part belle à la troupe de düsseldorf. pourquoi pas. le public pouvait ainsi mieux se concentrer sur la chorégraphie qui, par le bruit que faisaient les danseurs sur le plancher de la scène, ponctuait par moments la musique d’une percussion imprévue mais parfaitement orchestrée, comme les émotions que le texte suggère, comme un coeur qui battait au sein de cette méditation, comme le souffle de vie qui nous réconforte devant notre inéluctable mortalité. j’ai aimé.

mais, pour être tout à fait honnête, j’y allais surtout pour cette musique d’une beauté indicible qui reste pour moi associée à un moment particulièrement émotionnel de ma vie et que, pour cette raison précise, je n’ai jamais pu chanter. j’avais en effet commencé, en octobre 1987, les répétitions avec le choeur universitaire de genève pour une production au victoria hall l’année suivante, mais j’avais dû arrêter au bout d’un mois. je pensais avoir tourné la page, que les années auraient effacé, en moi en tout cas, tout ou partie de la culpabilité pour le mal que j’avais causé. hier soir, 11 février 2017, près de 30 ans plus tard, lorsque le choeur a entamé son “Selig sind, die da Leid tragen denn sie sollen getröstet werden” après une brève introduction de l’orchestre, la brusque bouffée d’émotion qui m’a étreint m’a fait comprendre que la blessure n’était toujours pas refermée. malgré ma bien-aimée toute proche qui me tenait la main, inconsciente de ce que je traversais, je me suis retrouvé seul avec mon passé, petit garçon réalisant brusquement qu’il n’a jamais demandé pardon, les larmes au bord du coeur, ces larmes qui n’attendaient qu’un geste, qu’une émotion, pour sortir enfin. ce fut la ligne mélodique du début de la quatrième partie, sur “Wie lieblich sind deine Wohnungen, Herr Zebaoth”. il faut toujours qu’elles nous mettent dans l’embarras, ces larmes, au beau milieu d’une foule par exemple. dieu merci, la salle, plongée dans l’obscurité, était toute aux pas de ces danseurs magnifiques qui, à ce moment précis, m’importaient peu. ou au contraire, sans doute la chorégraphie augmentait-elle la force de mon ressenti. je ne saurais le dire, tant je me suis senti emporté par le torrent de mes souvenirs…

je m’arrêterai là, au risque de paraître mièvre ou sentimentalo la praline. si vous aimez brahms (aimez-vous brahms?), précipitez-vous, il reste deux représentations: ce soir et demain soir. mais hier soir, c’était déjà complet…