norma à l’opéra des nations

tragédie lyrique en 2 actes de vincenzo bellini. livret de felice romani, d’après la tragédie d’alexandre soumet, norma ou l’infanticide. créé le 26 décembre 1831 à la scala de milan, sous la direction du compositeur. direction musicale…

… john fiore, mise en scène et dramaturgie jossi wieler et sergio morabito, reprise à genève par magdalena fuchsberger. int. alexandra deshorties (norma), rubens pelizzari (pollione), ruxandra donose (adalgisa), marco spotti (oroveso), sona ghazarian (clotilda), choeur du grand théâtre. du 16 juin au 1er juillet 2017 à l’opéra des nations. 3h avec entr’acte.

l’argument
norma se déroule dans la gaule occupée par les romains. l’intrigue est celle d’un triangle amoureux entre pollione, proconsul romain, son ancienne compagne norma, grande prêtresse gauloise, pour qui elle a rompu son voeu de chasteté en ayant deux enfants de lui, et adalgisa, jeune prêtresse et amie de norma, dont pollione est amoureux. norma tente de convaincre pollione de renoncer à adalgisa et de lui revenir mais il refuse. norma n’a désespérée, norma veut alors tuer ses enfants qui ne doivent pas connaître la honte d’avoir des parents coupables. mais son amour maternel l’empêche de commettre l’irréparable. elle n’a alors d’autre choix que celui d’avouer publiquement sa faute et d’être condamnée à mort. pollione est lui aussi condamné pour avoir poursuivi adalgisa dans le temple et monte avec norma sur le bûcher.

l’avis
je ne connaissais pas l’oeuvre de bellini avant vendredi dernier (je suis pour tout dire assez ignare en matière de lyrique) mais je m’étais laissé dire que la soprano du rôle-titre avait fait sensation à genève en 2015 dans médée de cherubini. je m’attendais donc à une performance exceptionnelle, des sauts d’octaves, des arabesques colorature et un casta diva mémorable à l’égal d’une cecilia bartoli. semi-déception. il faut croire que la partition de bellini était trop compliquée pour alexandra deshorties dont le rôle exigeait qu’elle se dédoublât en soprano à la fois colorature et dramatique. or, si l’artiste québecquoise était à l’aise dans les graves, ses aigus se révélaient un brin criards. j’ai d’ailleurs noté quelques tenues de notes indignes d’un chanteur d’opéra, surtout au début, notamment chez rubens pelizzari (ténor) qui, par ailleurs et contrairement à ce que prétendent plusieurs critiques, ne m’a pas semblé mauvais. la prestation de marco spotti (basse), en oroveso-père de norma ne m’a pas sidéré. sans parler de sona ghazarian qui a produit une clotilda souffreteuse. la chanteuse devait être malade ce soir-là car elle peinait même à marcher lors des saluts. espérons qu’elle ira mieux très vite. la seule à tirer vraiment son épingle du jeu était ruxandra sonose (soprano), dont l’adalgisa s’est harmonieusement épanouie, en particulier dans les duos avec norma au second acte.

en outre, je peux comprendre que l’époque ne soit plus à la reconstitution classique en costumes, et que tant la symbolique du récit que la psychologie des personnages soient transposées dans les décors et les costumes. mais j’ai trouvé très dérangeant le décalage entre ce décor évoquant (à mes yeux) l’italie mussolinienne – entre austérité et délabrement – et le récit où l’on découvre que des druides appellent “dans la forêt” au soulèvement contre l’envahisseur romain, avec une grande prêtresse ressemblant à sophia loren dans une journée particulière. les costumes très “seconde guerre mondiale” pouvaient certes avoir valeur de symbole (la résistance contre l’envahisseur-oppresseur) mais se révélaient en fin de compte très anachroniques, pour peu que l’on prêtât l’oreille au texte (ou plus exactement l’oeil aux sous-titres). oui, j’aime bien, de temps en temps, les imparfaits du subjonctif. du coup, j’ai eu toutes les peines du monde à me laisser aller à l’histoire. le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé qui a hué les responsables lors des saluts.

au final, cette première me laisse un goût d’inachevé. d’autant que, casta diva excepté, cette oeuvre ne regorge pas d’airs connus. et moi, j’aime bien reconnaître des airs dans les opéras. ça me donne l’impression d’être connaisseur. lol

vous avez jusqu’au 1er juillet pour vous forger votre propre opinion…