les caprices de la prononciation

on s’en souvient (?), florence cassez était libérée le 23 janvier 2013, après 7 ans de captivité au mexique. super. pour elle, surtout, on ne remet pas ça en question. arrachée des mains de méchants mexicains moustachus et accueillie en fanfare, par un hollande déjà au plus bas dans les sondages, comme…


… une héroïne nationale (l’info tournait en boucle jusqu’à la nausée dans tous les journaux de la presse parlée). encore une fois, super. pour elle, surtout. on ne remet pas ça en question.

cela étant, j’aimerais quand même bien qu’on m’explique un truc: pourquoi, en france, prononce-t-on “cassé” alors qu’on dit “élodie bouchaise” ou “avoriaze”? depuis quand prononce-t-on, en français, les lettres muettes, finales ou pas? je veux bien qu’on dise “cassé”, ça s’inscrirait dans une certaine logique. mais pourquoi “bouchaise”. et pourquoi pas “oh, vous partaise déjà?”? explorons ensemble, si vous le voulez bien, comme on disait jadis à la télé, les quatre raisons qui éventuellement peut-être qui sait oui potentiellement mais bon et pourtant j’ai cherché.

la gutturalité du français? pfff, argueront les linguistes avec à propos (un peu de pub ne fait pas de mal). il n’y a pas plus de gutturalité en français que de main dans la culotte d’un curé de campagne (quoique). les consonnes qu’on pourrait appeler gutturales comme le r, le k, le g ou même le z, donnent l’impression de venir du gosier alors qu’elles sont en fait le résultat du relèvement du dos de la langue contre le voile du palais. c’est pourquoi on les appelle vélaires ou post-palatales, voire laryngales. c’est pas moi qui le dis, c’est le petit bob.

l’euphonie? tient pas la route. “cassé” n’est pas plus “joli” euphoniquement que “bouché” et “bouchaise” n’est pas euphoniquement plus “acceptable” que ne le serait “cassaise”. dans le même ordre d’idée, “pouxe” (le nom de la personne en question s’orthographiait “poux”) est presque plus ridicule que “pou”, parce qu’on y sent comme un dégoût de prononcer le nom de l’anoploure parasite. on dit que le ridicule ne tue pas (ou plus). alors pourquoi prononcer “pouxe” ce patronyme qui, s’il est prononcé “pou”, n’est pas plus ridicule (ou alors il faudrait dire, en toute logique, “chercher des pouxe à quelqu’un”) que cet ingénieur agronome au patronyme prédestiné (dufumier) aperçu l’autre jour dans un reportage à la télé. mais je m’égare.

le régionalisme? mmmoui, il est vrai qu’en haute-savoie, on dit “avoria” et “moillesulla” (pour “moillesullaz”, certains disant même “moillesull”). mais, relayé par les media, le parisianisme a tendance à s’imposer comme parole d’évangile. dans ce cas, soyons cohérent (lol), disons “pariss” ou “bruxelless”. pas joli? pas moins que “bouchaise”. décidément, je ne vois aucune autre raison valable à ces caprices que la mode ou l’ignorance.

la mode (qui s’apparente parfois à de la bêtise de masse)? plus sûrement. exemples. avant, on disait “thérèse déquérou” – ce qui, je le précise, est tout à fait juste – et qu’à présent un secret élan (caribou!) pousse tout le monde à dire “dessquérou”. or, le sens de “desqueyroux” est: “originaire des queyroux”, nom de plusieurs hameaux dans la région bordelaise (queyroux signifiant “lieu pierreux”). absolument aucune raison, donc, des prononcer le “s”, pas plus que dans “desplats”, nom du compositeur français de musique de films. et pourquoi pas “pierre dessproges”? à ce propos, je veux qu’on me dise pourquoi personne ne songerait jamais, au grand jamais, pas même une nano-seconde, à le faire. signalons au passage qu’en moyen français, celui qu’on parlait encore à la renaissance, on ne prononçait pas le “s” à l’intérieur des mots (escouter, vesprée, ceste, vostre, et.c, etc.), pas plus que le “l” ou le “x” final (mieulx, doulcement, veult, etc.). et pourquoi cette présentatrice prononçait-elle subitement jean-paul “gaulletier” alors qu’elle roule sûrement “reno” (écrit pourtant “renault”). et ne venez pas me servir de la consonne finale muette! entre parenthèses, ceux qui hier prononçaient “messrine”, se sont subitement mis à prononcer “mérine”, en insistant lourdement, parce que quelqu’un, sans doute un linguiste indigné, leur avait dit de le faire. WTF, j’ai envie de dire (d’ailleurs, je l’ai dit).

conclusion de tout ça? aucune, à part le plaisir d’en parler, malgré que je sortirais bien mon revolver à chaque fois mais ça ferait de moi un serial killer je ne comprendrai jamais rien à l’incohérence de la prononciation en france.