légitimus incognitus

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spectacle écrit par pascal légitimus, rémy caccia et édouard pluvieux, interprété par pascal légitimus et mis en scène par rémy caccia. le grand point virgule, rue de l’arrivée 8bis, 75015 Paris. tous les soirs à 19h45, sauf dimanches et lundis.

pascal légitimus est un ami. je veux dire par là qu’il est entré dans nos foyers un beau jour de 1982 (via le petit théâtre de bouvard) pour ne plus en sortir. en gros, son absence nous manque et ses retours nous dérident. normal,…

… l’impertinent impénitent fait partie de notre rire, s’attachant à nous surprendre à chacune de ses apparitions. sur scène avec une mathilda may…connaissable (plus si affinités, 2008-2010), avec son alone man show (2011-2015) où on le découvrait inconnu méconnu qu’on croyait familier, entre émotion et fou rire, à la télévision en flic qui dérape dans la série caïn (saison 3, épisode 1, 2015) ou encore au cinéma dans les trois frères le retour (2014), marquant la recomposition éphémère et ponctuelle du trio qui l’a rendu célèbre et dont la popularité reste intacte depuis maintenant trois décennies. un trio sur lequel il revient au tout début de son nouveau spectacle – légitimus incognitus, donc -, l’espace d’une toute petite pique (“… je profite que les deux autres ne soient pas là…”), comme pour encourager ses deux camarades à revenir partager ses planches. connivente, la salle rit. si elle est nostalgique de ce temps béni des spectacles et de la télé des inconnus, au fond, elle est soulagée qu’il y en ait quand même un qui poursuive l’aventure de la scène. et c’est peut-être très bien comme ça.

pascal légitimus nous surprend à chaque fois, même si son style, surtout sur scène, est reconnaissable entre cent. et ce style s’est assis au fil des ans dans notre inconscient collectif, aussi confortablement que lui s’est installé au grand point virgule, en tout cas jusqu’à la fin de l’année. samedi dernier (17.09), il était très à l’aise, même si ce n’était que son 4e soir. il faut dire que l’homme est un vieux briscard des planches, pour y avoir usé ses semelles mais aussi pour avoir mis en scène quantité d’artistes de france et de québec.

il le sait bien, un bon spectacle doit offrir des “moments” – de réflexion, d’émotion, de remise en question, que sais-je? tous placés en l’occurrence sous le signe du rire – reliés à un fil conducteur, comme des côtes à une colonne vertébrale. c’est le fondement même du spectacle vivant: distraire, dans les deux sens du terme, c’est-à-dire faire oublier au public son quotidien et ne pas oublier de l’amuser.

la colonne vertébrale de légitimus incognitus, c’est la peur, ou plutôt les peurs, petites ou grandes, ces peurs contemporaines qui s’insinuent dans chaque interstice de notre quotidien. et ces peurs, il les traduit en autant de prétextes à rire: les petits amis de la fille aînée (dont kaiser la brute épaisse), le terrorisme (le club médina), l’infidélité (le couple du premier rang et ses 23 ans de mariage), les pigeons (sketch très surprenant, et donc très drôle, de la part de légitimus), les cours de yoga (l’arnaqueur arnaqué) et jusqu’à l’infirmière martiniquaise (ma’ie-thé’èse), grand classique des inconnus que l’on retrouve ici brièvement mais avec plaisir…

dans la vie, l’artiste est à l’image du flot ininterrompu de ses sketches: il n’arrête jamais de chercher l’idée qui ferait un bon sketch, la formule qui fait mouche. on ne se refait pas, légitimus est avant tout un comedian, au sens anglo-saxon du terme, c’est-à-dire un humoriste et un auteur de comédies, même si l’étendue de son talent également dans des rôles dramatiques n’est plus à démontrer.

si donc vous voulez passer plus d’une bonne heure de bonheur, précipitez-vous au grand point virgule, à un pas et demi de la tour montparnasse. vous découvrirez, si besoin était, que pascal légitimus est un véritable ami, de ceux qui ne déçoivent jamais.

et je ne dis pas ça parce que c’est un ami… ;O)

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