salomé

drame en un acte de richard strauss, livret
de hedwig lachmann d’après la tragédie d’oscar wilde, direction musicale gabriele ferro, mise en scène nicolas brieger, décors raimund bauer, int. kim begley (hérode), hedwig fassbender (hérodiade), nicola beller carbone (salomé), alan held (le prophète jean-baptiste). grand théâtre de genève, du 13 au 28 février 2009 à 20h. 105′ sans entracte. http://www.geneveopera.ch

l’argument
belle-fille du tétrarque hérode, la princesse salomé n’a pas encore connu l’amour. depuis qu’elle a aperçu la bouche du prophète jean-le-baptiste, elle se perd dans les affres de la passion et n’a qu’un désir: baiser ses lèvres rouges comme le
sang. mais jean-baptiste la repousse. pour se venger, salomé ira jusqu’à "danser" (la danse des sept voiles) pour son libidineux beau-père hérode afin
d’obtenir la tête du prophète sur un plateau
d’argent, et de pouvoir enfin baiser ses lèvres…

l’avis
c’est toujours déconcertant quand un metteur en scène décide de s’écarter de la couleur antique d’un drame…

… pour le transposer dans une époque récente. ici, les personnages
portaient des costumes contemporains, smokings et robes de
soirées en l’occurrence, et les soldats ressemblaient un peu à des
militaires du troisième reich. étrange, mais pas tant que ça au fond.
car salomé, qu’oscar wilde écrit à l’origine (1893) en français (et qui sera traduite trois ans plus tard), est une oeuvre de bruit et de fureur, de chair et de sang, servie par une partition pleine de fulgurances, jouée et chantée à l’acide sulfurique. c’était d’ailleurs presque plus déconcertant de constater combien le public genevois, traditionnellement "calviniste" dans ses réactions, a apprécié cette production courageuse dans la représentation de la décadence d’hérode et d’hérodiade, faite de luxure, d’inceste, d’homosexualité et d’hémoglobine. on peut ne pas aimer, et je ne suis pas sûr d’avoir eu la maturité musicale pour en apprécier tous les tenants. mais plus j’y repense, et plus j’aime a posteriori cette oeuvre et l’interprétation que j’ai vue d’elle…

le rôle de salomé
les exigences vocales pour ce rôle sont les mêmes que pour une isolde ou une turandot, dans la mesure où, dans l’absolu, le rôle demande le volume, l’endurance et la puissance d’une vraie soprano dramatique. la difficulté commune à ces rôles est de trouver une soprano qui possède un timbre dramatique tout en étant capable d’avoir
l’apparence et le comportement d’une adolescente (l’âge normal de salomé).

la difficulté pour le rôle-titre est de trouver une soprano dont la tessiture (ensemble des notes qu’un chanteur est capable d’émettre facilement, depuis le grave jusqu’à l’aigu) peut répondre à l’ambitus (l’intervalle total entre la note la plus haute et la note la plus grave dans la partition, en l’occurrence un si aigu et un sol bémol grave) exigé par le rôle-titre. or la plupart des sopranos graves qui ont abordé le rôle imposaient un tel effort à leur voix tout au long de
l’opéra qu’elles se retrouvaient épuisées au moment de la scène finale
(la plus éprouvante). le sol bémol grave apparaît deux fois dans la partition, et dans les deux cas, il est pianissimo, avec un effet plus théâtral que musical, donc plus "grogné" que chanté.

partition redoutable donc pour une chanteuse au sommet de son art, qui doit posséder, en plus de sa voix et de son physique, l’agilité et la grâce d’une ballerine quand il s’agit d’exécuter la danse des sept voiles. certaines chanteuses se limitent à la partie vocale du rôle, préférant la partie dansée à des doublures professionnelles, d’autres n’ont pas peur d’assumer les deux, certaines conservant un collant après avoir laissé tomber le dernier voile, d’autres, de plus en plus nombreuses paraît-il, faisant le choix d’aller jusqu’au bout.

nicola beller carbone
Nicola_beller_carbone
allemande de naissance et italienne par mariage, elle a résidé en espagne où elle a étudié. polyglotte, elle voulait faire de la danse et du théâtre son métier. c’est le chant qui aura le dernier mot. et c’est tant mieux car cette cantatrice fait preuve sur scène et dans le rôle-titre d’une énergie et d’une maîtrise technique époustouflantes. sans compter son physique mince, souple et dynamique qui s’adapte parfaitement au personnage qu’elle interprète. beller carbone n’est cependant pas de celles qui se dévoilent totalement à l’issue de la fameuse danse, même si elle n’en est pas loin. quarante-trois ans après la création du rôle sur la scène genevoise du grand théâtre par anja silja, treize ans après julia migenes-johnson qui a paraît-il laissé une empreinte indélébile, c’est sans complexe que la cantatrice allemande se glisse dans les méandres psychologiques de ce personnage difficile. une performance extrêmement impressionnante. respect.

richard strauss
compositeur et chef d’orchestre allemand né à munich en 1864 et mort en 1949, il n’a aucun lien de parenté avec johann strauss père et fils, originaires de vienne et surnommés les rois de la valse. les quelques valses composées par richard strauss ne sont présentes dans son oeuvre qu’à titre de clin d’oeil à la tradition viennoise. il a abordé à peu près tous les genres, formation de chambre, poème symphonique, lied, opéra et ballet. il est connu du grand public avant tout grâce à ses trois opéras – salomé, elektra et le chevalier à la rose -, et également à son poème symphonique ainsi parlait zarathoustra (1896), dont le prologue, célèbre dans le monde entier, est un commentaire musical sur un texte philosophique. ces pages fameuses ne sont pourtant qu’une infime partie de sa production.