les locutions comparatives bizarres…

la langue française regorge de locutions comparatives qui en deviennent marrantes tant elles sonnent bizarres, qui font partie de ce cortège d'expressions qu'on appelle idiomatiques et qui peuvent à l'occasion faire basculer dans l'horreur la vie d'un traducteur. je ne parle bien sûr pas ici des évidentes, des logiques, des compréhensibles car formant immédiatement une image mentale acceptable par le cerveau, tels "se ressembler comme deux gouttes d'eau", "doux comme un agneau", "s'écraser comme une merde" ou "pleuvoir…

…  comme vache qui pisse". non, je veux parler des obscures, des absconses, des d'où-qu'elles-viennent-celles-là.

tenez, à propos de vaches, prenez les espagnoles, si j'ose dire. pour commencer, je ne sais pas chez vous, mais chez moi les vaches ne parlent pas (ou alors peut-être au terme d'une soirée passablement arrosée. encore que je ne sois pas ce qu'on pourrait appeler un spécialiste de la chose). qui donc a jeté son dévolu sur les vaches, espagnoles de surcroît? car si elles pouvaient parler, je suis sûr que les vaches allemandes ou bulgares n'obtiendraient pas de meilleures notes à l'oral. alors pourquoi les vaches? et pourquoi les espagnoles?

de même, il y a dans l'histoire de l'art des artistes (rares, je vous l'accorde) qui peignaient avec un pied, et qui rencontrèrent un succès qui n'était pas d'estime. du coup, quand on dit qu'un artiste peint comme un pied, c'est peut-être un compliment qui s'ignore, allez savoir.

autre exemple: je suis convaincu qu'il y a plein de phoques hétéro. sans compter que les focs, eux, ne pratiquent aucune espèce d'activité sexuelle.

et les casseroles… eh bien, placées en rang d'oignon et par ordre de grandeur, elles chantent parfaitement bien quand on leur tape délicatement dessus avec de petits maillets à bout feutré. essayez, vous verrez.

l'as de pique est mal fagoté? mais qui a décidé qu'il était fagoté, déjà? et qui a amené l'idée qu'il le soit mal? j'imagine le brainstorming à l'académie française, vers 1715. dans un silence qu'aucune mouche n'oserait interrompre, la séance commence. le chef des académiciens, un type droit mais arthritique d'une quatre-vingtaine d'années (eh oui, il faut être vieux pour entrer dans cette vénérable institution, sinon t'as pas le diplôme), déclare, solennel:
– messieurs, l'ordre du jour prévoit que nous statuions sur l'as de pique!
un collègue, pas tellement plus jeune, lève un doigt courbé et dit d'une voix flaiblarde:
– on pourrait le comparer à une vache espagnole?
le caractère tant drôlatique qu'inattendu de la question provoque chez le chef un rire qui, sans porter atteinte à la bien-séance, secoue imperceptiblement ses vieilles épaules et s'accompagne presque immédiatement d'une quinte de toux qui met 15 minutes à se calmer. il le rabroue gentiment:
– allons, mon ami, restez sérieux!
et, s'adressant aux autres immortels en train d'échanger à l'envi des sourires d'intelligence:
– quelqu'un a-t-il une suggestion moins… farfelue?
un autre en habit vert lève le doigt (ce qui provoque chez lui une crampe fulgurante):
– on pourrait dire qu'il est mal fagoté?, déclare-t-il dans une grimace (due à la crampe, donc)
– intéressant, développez…
– aucun développement, je trouve juste que ça sonne bien!
– contre-argument, anyone? (car certains académiciens parlent aussi un peu l'anglais)
l'assemblée fait non de la tête (frôlant le déplacement de vertèbres).
– alors adjugé, l'as de pique sera mal fagoté! (une décision qui met les quarante en joie)…

moi je dis que c'est comme ça que ça a dû (et que ça doit toujours) se passer.

à propos de quarante, justement, c'est pareil pour l'an du même nom et pour la première chemise: sont-ils si dérisoires qu'on s'en soucie si peu? c'est vrai, la première chemise, c'est comme la première fois, on s'en souvient, non?

même chose pour le cul et la chemise. il suffit de laisser la dernière dans l'armoire et on s'aperçoit qu'au fond, ils vivent très bien séparés.

les pinsons ne sont pas gais, ils s'expriment!

et quelqu'un peut-il me dire, primo s'il a déjà vu un coq en pâte, et deuzio s'il était dorloté?

les pierres ne sont pas malheureuses: elles sont!

j'ai connu un bègue qui trouvait très compliqué de dire "bonjour!"

bon, j'en entends qui se disent "mais OÙ veut-il en venir??" eh bien NULLE PART, si ce n'est de vous faire partager mes réactions amusées et surtout mon amour de la langue française. finalement, c'est bête comme chou…