décembre 23

Mots-clefs

coppélia…

Coppliaballet en deux actes de léo delibes, chorégraphie et bande son cisco aznar, ballet du grand théâtre de genève, bfm, salle théodore turrettini, horaires variables selon les jours, jusqu’au 31 décembre, 110′. http://www.geneveopera.ch

l’argument
frantz tombe amoureux d’une jeune femme aperçue à la fenêtre du mystérieux dr coppélius, oubliant sa fiancée swanilda. mais cette dernière, jalouse, découvre que la jeune femme, coppélia, n’est autre qu’un automate. elle prend… sa place et se marie avec frantz.

le thème
si le 18e siècle est traversé par l’obsession des automates musicaux, le 19e est quant à lui troublé par le jeu du masque et du trompe-l’oeil, que des procédés destinés à reproduire la réalité comme la photographie et le cinématographe accentueront encore. La fascination est telle que littérature et, plus tard, cinéma donneront naissance à quantité de récits d’hommes tentant de donner vie à des êtres artificiels, inanimés ou créés de toute pièce: le golem, la créature de frankenstein, pinocchio, maria (le robot féminin de métropolis), l’apprenti sorcier de fantasia, la poupée sanglante (feuilleton français des années 1970-80), etc.

s’inscrivant dans cette mouvance, écrit et composé en trois actes en 1870, coppélia ou la fille aux yeux d’émail était déjà une adaptation d’un conte fantastique d’hoffmann, l’homme au sable, datant de 1816. dans le récit d’origine, le savant coppélius arrachait les yeux des enfants pour en parer les automates du professeur spallanzani, espérant ainsi leur donner vie. charles nuitter, archiviste de l’opéra de paris et auteur du livret de coppélia, éliminera toute trace d’épouvante pour en faire une comédie. intitulé au départ la poupée de nuremberg, le ballet sera rebaptisé la fille aux yeux d’émail pour ne prendre son titre définitif qu’au dernier moment.

l’avis
dans la production proposée au bfm, cisco aznar livre une vision personnelle, transposée « aujourd’hui », de l’oeuvre de delibes. le chorégraphe catalan modernise totalement le propos en le situant tantôt dans une télé-réalité forcément décalée, tantôt dans une ambiance nostalgique, tantôt dans un univers onirique. l’utilisation de la photo et de la vidéo, prenant sur grand écran le relais de la narration scénique, peut dérouter de prime abord mais finit par offrir une version du récit extrêmement créative et finalement très cohérente avec la thématique fondatrice du ballet: l’image, l’imitation et la sublimation du réel.

côté visuel, un savant mélange de dalí, d’almodovar et de burton, d’étrange noël de mister jack, de west side story et d’amérique des années 1950-60. le premier acte est, mis à part la chevelure rousse de coppélia, entièrement en noir et blanc (saluons au passage l’admirable travail du scénographe et costumier luis lara). le second acte, se déroulant dans les appartements du dr coppélius, est lui tout en couleurs avec, là encore, un fabuleux travail sur les décors.

servis par une chorégraphie très contemporaine, les danseuses et danseurs du grand théâtre sont quant à eux impressionnants de grâce et de précision. grimés ou masqués, ils réussissent dans le second acte la double performance d’imiter à la perfection les gestes mécaniques d’automates par définition déshumanisés et de transmettre des émotions humaines à travers des mouvements saccadés.

ceux qui connaissent le ballet pourront être déroutés par la modernité de sa transposition. ceux qui ne le connaissent pas se laisseront sans doute séduire par la fraîcheur visuelle et l’audace de la mise en scène. à voir de toute façon…