historias de amor, chantées par agnès jaoui…

quand une actrice-scénariste-réalisatrice dont on admire déjà le
travail se présente sur scène comme… chanteuse, on ressent comme une urgence à
aller la découvrir.

même si l’on ne peut s’empêcher d’éprouver une appréhension, légère
en l’occurrence, à la perspective d’être déçu. mais cette appréhension se
dissipe dès les premières mesures. car la voix est timbrée et le geste précis. de
même, l’entente avec ses 5 musiciens*, tous parfaits, est immédiate.

rares sont les concerts où l’on se laisse entraîner quasi
instantanément sans connaître l’artiste (ce qui est le cas de la jaoui
chantante). c’est déjà une excellente…

… surprise. encore plus rares sont ceux où les larmes vous montent
aux yeux dès la deuxième chanson… et là, ça tient presque du miracle. "c’est
une musique qui me prend là, dira-t-elle en portant la main à son coeur, là, en
montrant son ventre, et aussi un peu là, en se prenant les hanches". tiens,
c’est vrai ça, nous aussi, se (sur)prend-on à penser.

et l’émotion de ne plus nous lâcher.

il faut dire que dame jaoui ne donne pas dans le facile: sur une
quinzaine de chansons, seules deux sont des "standards". les autres
sont totalement nouvelles à mes oreilles, avides mais ignorantes. le répertoire
a beau être difficile (par les harmonies notamment), il n’en crée pas moins un
étonnant frisson. en toute simplicité. entre deux morceaux, soucieuse de
s’assurer que le public comprend ce qu’elle chante, l’artiste prend la parole
pour traduire les paroles de la prochaine chanson. car, comme le suggère le
titre du spectacle, c’est l’espagnol – et un peu le portugais – qui domine.

mais quand elle parle dans sa langue, c’est bien la jaoui qu’on
connaît, avec cette élocution si particulière, ce débit hésitant, cette gêne
permanente qui trahit l’humilité des grands artistes, mais également un souci
d’intelligence dans chacun de ses propos. et malgré cette gêne, qui la rend
souvent incapable de terminer ses phrases simplement (alors qu’il n’y avait
rien à ajouter), on voit, on sent qu’elle est à l’aise. elle est parfaitement dans
son personnage, même si cette fois elle ne joue aucun rôle. et l’humour, en
apparence spontané, dont elle parsème ses interventions emporte à chaque fois l’adhésion
d’un public genevois d’habitude très coincé. ou très critique, question de
point de vue.

d’une voix travaillée, qui se fait tantôt suave, exprimant dans un
souffle toute la puissance érotique d’un texte, tantôt timbrée, affirmant avec
force le feu de la passion, agnès jaoui interprète un répertoire cubain,
argentin, espagnol et français (la première et la dernière chansons), issu du fado
ou du flamenco, du bolero ou de la salsa, avec une présence incroyable qui participe
d’une justesse d’émotion digne des plus grandes.

agnès jaoui, vous n’êtes déjà pas vilaine, mais durant les quatre-vingts
minutes que dure votre performance, d’ailleurs à juste titre saluée par une
standing ovation, vous étiez magnifique. par la sensualité dont vos longs
cheveux déliés, vos regards lascifs et vos pas de danse évocateurs ponctuaient chacune
de vos chansons, mais aussi et surtout par votre générosité et la sincérité de
votre travail… "le fait d’être ainsi exposée fait partie d’une évolution redoutée
mais jouissive", a-t-elle déclaré. rassurez-vous, c’était aussi jouissif
pour nous. chapeau bas…

si vous aimez agnès jaoui ou que vous aimez la musique
latino-américaine, si même vous ne connaissez ni l’une ni l’autre mais que vous
êtes simplement curieux, un conseil: courez vite la voir sur scène…

* guitares: roberto gonzales hurtado (cuba), dimas martinez dubost
(argentine), marcos arrieta (pérou);
contrebasse: éric chalan (france); percussions: maurice manancourt (île
maurice).