janvier 25

picasso et les maîtres

Picasso

 

 

 

du 8 octobre 2008 au 2 février 2009, galeries nationales du grand palais, paris, ouvert tous les jours de 10h à 22h (jeudi 20h), €12.-. ouvert exceptionnellement 24h/24 quatre jours et trois nuits, du vendredi 30 janvier 9h au lundi 2 février 20h (réservation conseillée).

cette exposition, dont le sujet avoué est de transgresser les frontières historiques et institutionnelles, se tient dans trois lieux majeurs de la culture muséale française:

– le grand palaispicasso expose lors de l’inauguration du bâtiment dans le cadre de l’exposition universelle de 1900. âgé de 19 ans, figurant dans la sélection officielle espagnole, il y découvre, au sein des expositions décennales et centennales, les oeuvres anciennes et modernes représentatives de tous les grands courants artistiques européens contemporains,

– le musée du louvre où, dès ce premier voyage, il étudie notamment l’art des écoles française, flamande, italienne. durant l’hiver 1905,…

… il découvre l’art ibérique à travers l’exposition des fouilles d’osuna qui déclenchera la recherche qui le conduira au cubisme. c’est là aussi, en 1947, qu’il accrochera aux côtés des oeuvres de zurbaràn, delacroix et courbet, les sept toiles qu’il destinait au nouveau musée d’art moderne pour vérifier si sa peinture « tenait » à côté de celle des grands maîtres. en un hommage exceptionnel organisé en 1971 pour son quatre-vingt-dixième anniversaire, son arlequin de 1923 est accroché dans la grande galerie du louvre en relation avec le gilles de watteau, le consacrant maître parmi les maîtres,

– le musée d’orsay, enfin, qui s’il n’existait pas du temps de picasso, conserve aujourd’hui les oeuvres de manet, des impressionnistes et post-impressionnistes dont les oeuvres bouleversent ses conceptions picturales et les convictions qu’il avait lors de ce voyage inaugural en 1900…

on a attendu 1 heure et demie sous une pluie froide intermittente, mais « l’expo en valait la chandelle ». dix salles, dix grands thèmes, sujets ou motifs de l’art pictural où les toiles de picasso sont mises en parallèle avec celles de ses maîtres…

salle 1: « yo, picasso ». centrée autour de josé ruiz-blasco, son père et premier maître, la salle présente une série de portraits et d’autoportraits où l’artiste affiche avec insolence sa concurrence avec les « têtes » de rembrandt, goya, ingres et poussin entre autres. devant le génie précoce de son fils, ruiz-blasco lui remet ses couleurs et ses pinceaux « et plus jamais il ne peint ».

salle 2: la copie de la copie. dès l’âge de onze ans, picasso veut devenir peintre. il commence une formation académique dispensée par les écoles des beaux-arts reposant sur la copie d’oeuvres antiques et de maîtres. virtuoses, ses dessins et croquis sont ici réunis pour la première fois.

salles 3 et 4: couleurs, indigomanie et peintures noires. peintures noires (1896-98) empruntant leurs couleurs à greco, goya et velàzquez, période bleue (1901) revendiquant la couleur emblématique de la révolution en peinture. ces années cruciales, durant lesquelles le peintre se confrontera à des héritages divers, le conduiront au cubisme. périodes rose (1906) et protocubiste (1907-08)

salle 5: tarots et gentilshommes du siècle d’or. les années 1960. retour à « l’hispanidad », avec des personnages mi-espagnols, mi-hollandais, vêtus de fraise, cape, bottes et grand chapeau, et autres attributs de la virilité: bâton et pipe. ces figures constituent une grande obsession de picasso, apparue quand il s’est mis à étudier rembrandt.

salle 6: variations. de 1930 aux années 1950, les variations sont des toiles exécutées d’après des peintres comme delacroix, manet, cranach, grünewald, velàzquez ou courbet, dont il réalise, presque 100 ans plus tard, les « demoiselles des bords de seine » (1857). pétri d’humour et d’ironie, ce détournement des oeuvres du passé manifeste une volonté « sacrilège » d’aller au-delà de toute tradition picturale comme d’inventer autour
des tableaux des scénarios inattendus ou de leur imaginer des
dénouements inédits.

salle 7: natures mortes et vanités. considérée comme un art mineur mais que des peintres comme cézanne ont réussi à hisser au rang de genre à part entière, la nature morte traverse toute l’oeuvre de picasso: simple, mêlant ombre et lumière, et introduisant une dimension sacrée et une certaine monumentalité. pendant les années de guerre, il associe parfois des crânes (symbole de mort) à des pichets d’eau (symboles de vie). il réalisera également des tableaux représentant des têtes de mouton, en hommage à l’agnus dei de zurbaràn.

salles 8 et 9: figures – le portrait de la peinture. picasso s’affirme comme le plus grand portraitiste du xxème siècle en appliquant le principe de défiguration comme abandon des règles canoniques de représentation au profit d’une saisie toujour plus aiguë du réel.

salle 10: grands nus. picasso regarde « les signes » élaborés par les maîtres comme autant de stratégies pour résoudre l’énigme fondatrice « dire le nu comme il est », qui constitue pour lui une mission dont il nourrit son oeuvre entière. car pour lui, le nu se confond avec la substance même de la peinture. certaines toiles s’inspirent de celles de maîtres tels que manet (olympia) ou goya (maja desnuda).

deux citations ont attiré mon oeil: « l’art n’est pas l’application d’un canon de beauté mais ce que l’instinct et le cerveau peuvent concevoir indépendamment de ce canon. » et « j’ai mis toute une vie à apprendre à dessiner comme un enfant »… il vous reste un peu plus d’une semaine pour découvrir cette exposition-événement. réservez séance tenante votre aller-retour dans la même journée en tgv ou avec easyjet!

sources: ici