mai 02

40ème anniversaire d’une quasi-révolution…

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rentrant du travail (j’ai le souvenir qu’il avait un ton alarmé), mon
papa avait dit à ma maman qu’il ne fallait surtout pas aller en ville.
nous habitions à boulogne-billancourt, qui jouxte le 16ème
arrondissement de paris. j’allais avoir 7 ans un mois plus tard et j’avais vu furtivement sur le poste de mes parents des images
d’actualité sur les violentes manifestations qui se déroulaient à quelques
kilomètres seulement de là. j’étais trop petit pour comprendre quoi que
ce soit, évidemment.

quarante ans plus tard, mai 68 est l’une des pages de l’histoire contemporaine qui suscite le plus de débats et de controverses. pour certains, comme nicolas sarkozy, il est temps de "liquider" l’héritage que cette période nous a laissé, responsable de la crise morale et des pires maux de la société française d’aujourd’hui. pour d’autres, l’esprit de mai 68 doit perdurer et les valeurs que la société y a gagné ne doivent pas être remises en cause. mais que s’est-il passé au juste et pourquoi?…

les causes des événements qui ont mis la france à genoux sont diverses…

premièrement le cloisonnement très rigide des relations humaines et des moeurs de l’époque. il faut se rappeler que la france d’alors est très catholique – le concile de trente vient d’être suivi avec passion -, les clivages sociaux sont encore très forts et le paternalisme autoritaire est omniprésent. la pilule contraceptive n’est autorisée que depuis un an et elle n’est pas encore très répandue. le décalage entre les aspirations de la jeunesse et les cadres moraux qu’ils ressentent comme dépassés se creuse de plus en plus.

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deuxièmement la dégradation des conditions matérielles qui succède aux "trente glorieuses", cette période de reconstruction d’après-guerre. la société de consommation, alors en plein essor, ne mesure pas encore les implications et les déséquilibres mondiaux qui se développent. avec un nombre de chômeurs grandissant, des salaires à la baisse et des jeunes touchés de plein fouet, la situation économique de la france se détériore depuis des mois. paris est encore flanqués de nombreux bidons-villes. ainsi les étudiants se rendant à la faculté de nanterre fraîchement construite (dans l’ouest parisien) découvrent la pauvreté et la condition ouvrière. à leur mécontentement s’ajoutera très vite celui qui se profilait depuis des années dans la classe ouvrière, avec la grande grève des mineurs de 1963 et les nombreuses grèves qui se sont déroulées entre 66 et 67.

troisièmement l’opposition, sur fond de guerre froide, à l’impérialisme américain, notamment au vu des atrocités générées par la guerre du viêtnam. parallèlement, les militants d’extrême gauche critiquent le parti communiste français de ne rien faire face à l’urss et ses goulags. si la cfdt soutiendra le mouvement du début à la fin, la cgt par contre fera marche arrière après y avoir adhéré. quoi qu’il en soit, les deux principaux syndicats français seront vite dépassés par les événements qui prendront une ampleur jamais vue.

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le 22 mars, le mouvement du même nom, mené par daniel cohn-bendit, occupe l’université de nanterre, principalement pour protester contre les arrestations opérées lors de manifestations contre la guerre du viêtnam. le 2 mai, le campus est fermé et les étudiants s’en vont occuper la sorbonne. les crs évacuent les lieux de manière musclée. c’est le début des manifs sur le boulevard saint-michel. trois jours plus tard, le quartier latin est le théâtre d’affrontements qui font 600 blessés. la nuit du 10 au 11 mai est connue sous le nom de "nuit des barricades". le 13 mai, le mouvement s’étend aux entreprises et prend la forme d’une grève générale. plusieurs centaines de milliers d’étudiants, de lycéens et de salariés défilent dans les rues de paris mais aussi en province. le 16 mai, la grève avec occupation s’étend à toutes les usines renault et trois jours plus tard, on dénombre plus de 10 millions de grévistes dans toute la france. de gaulle déclare ce jour-là: "la réforme, oui; la chienlit, non!". le 22 mai, cohn-bendit est interdit de séjour en france. le 24, de gaulle prononce un discours  dans lequel il annonce un référendum pour juin: nouvelles émeutes à paris et à lyon, la bourse est incendiée. le 27, syndicats et gouvernement concluent les accords de grenelle prévoyant de fortes augmentations de salaires (+35% du smic et +10% pour les autres salaires) et le libre exercice du droit syndical dans l’entreprise. le 29 mai, de gaulle quitte secrètement paris pour rejoindre l’allemagne où il rencontre le général massu, le bien nommé, commandant des forces françaises en allemagne. le 30, il s’adresse à la france ("je ne me retirerai pas!"), dissout l’assemblée nationale et remanie le gouvernement le lendemain. le référendum se tiendra finalement le 27 avril 1969 avec pour but de décentraliser certains lieux de décision et de remanier le sénat en modifiant les critères de sélection. à la suite du non, qui l’emporte par 52%, le général de gaulle quitte la présidence.

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les conséquences de mai 68 sont multiples et très profondes en termes d’impact sur toutes les couches de la société française: les français se désintéressent de la chose publique et le militantisme en général. le conflit "gauche-droite" n’existera plus, à partir de ce moment-là, que pour les partis politiques; de nouvelles valeurs apparaissent, comme l’autonomie ou la réalisation de soi; la libération sexuelle, la contraception et le féminisme se développent; on assiste à une désillusion envers le communisme et à un pessimisme général dans les milieux de gauche; la pédagogie scolaire, où l’élève devient un sujet pouvant intervenir dans l’éducation dont il est l’objet; le réveil anti-militariste et écologique; l’amplification du mouvement des prêtres-ouvriers et du mariage des prêtres…

toutefois, mai 68 n’a pas été qu’un mouvement français. il s’est inscrit dans une vague de contestation étudiante qui déferla dans un grand nombre de pays, comme l’allemagne, l’italie, les états-unis, la tchécoslovaquie, le brésil, le mexique et le japon…

photos: jean-claude seine